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Lettre de l’Imam al-Khâmine’î.. ..aux jeunes des pays occidentaux_29/11/2015
 

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Le grand djihad ou lutter contre soi-même

Grâce au Nom de Dieu , le Tout-Miséricordieux le Très-Miséricordieux
 

Une année de plus de notre vie s’est écoulée. Vous, les jeunes, vous avancez vers la vieillesse et nous, les vieux, vers la mort. Vous avez conscience de l’étendue de vos études et des connaissances que vous avez acquises au cours de cette année scolaire. Vous savez combien vous avez appris et jusqu’à quel niveau vous avez haussé votre savoir. Mais en ce qui concerne l’amélioration morale, l’acquisition de comportements conformes à la Loi divine, les connaissances spirituelles et la régénérescence de l’âme, qu’avez-vous fait ? Quel progrès avez-vous accompli ? Avez-vous seulement pensé à vous amender et améliorer ? Aviez-vous quelque programme en ce domaine ? Malheureusement, il me faut bien dire que vous n’avez rien fait qui soit remarquable ni avancé d’un grand pas dans la voie de votre amendement et amélioration.
 


[Recommandation aux séminaires]

Les séminaires de formation des clercs shiites (Hawza-s) ont besoin que, parallèlement à l’étude des disciplines religieuses, on y enseigne et acquière les disciplines morales et les connaissances spirituelles. Il doit s’y trouver des guides spirituels, des directeurs de conscience et des séances d’exhortation et de conseils éthiques. Des programmes de formation morale et d’amélioration, des classes d’éducation et d’amendement de soi, un enseignement des connaissances spirituelles, qui constituent le principal objectif de la mission des Prophètes, que la Paix soit avec eux, doivent être répandus et ouvertement dispensés dans les séminaires.

 

Malheureusement, on accorde trop peu d’attention, dans les centres de sciences islamiques, à ces disciplines si nécessaires et indispensables. Les connaissances morales et spirituelles sont en déclin et il est à craindre qu’à l’avenir les séminaires ne sachent former des maîtres en éthique, des éducateurs vertueux et des hommes de Dieu, et que l’ergotage sur les questions préliminaires ne laisse guère l’occasion d’aborder les questions fondamentales et essentielles qui constituent la préoccupation du Saint Coran, du Suprême Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, et de tous les autres Prophètes et Proches-Amis de Dieu, que la Paix soit avec eux.
 


Il serait bon que les grands docteurs de la Loi et les enseignants de haut rang, vers lesquels la communauté savante a les yeux tournés, s’emploient pendant leurs cours et séminaires à former et amender les personnes et s’occupent davantage des questions morales et spirituelles. Quant aux séminaristes, il faut qu’ils s’efforcent de s’amender eux-mêmes et d’acquérir les vertus et qu’ils accordent de l’importance aux graves responsabilités qui pèsent sur leurs épaules.
 


[Recommandation aux séminaristes]

Vous qui étudiez aujourd’hui dans ces séminaires et voulez demain vous charger de guider et conduire la société, n’allez pas vous imaginer que votre unique devoir serait d’apprendre une poignée d’expressions techniques. Vous avez aussi d’autres devoirs. Dans ces séminaires, il vous faut vous éduquer et vous former de telle sorte que, lorsque vous partirez rejoindre une ville ou un village, vous puissiez en guider et amender les habitants. Ce qu’on attend de vous, c’est qu’en quittant les séminaires vous soyez vous-mêmes amendés et formés pour que vous puissiez former les gens et les éduquer selon les comportements et préceptes moraux de l’islam. Si, à Dieu ne plaise, vous ne vous êtes pas amélioré vous-mêmes au séminaire et n’y avez pas acquis de vertus morales, partout où vous irez, Dieu nous en préserve, vous dévoierez les gens et leur inspirerez du mépris pour l’islam et le clergé.
 


Vous avez de lourdes obligations. Si, dans les séminaires, vous ne remplissez pas vos devoirs, ne vous employant pas à vous amender vous-mêmes et vous contentant d’apprendre quelques expressions techniques pour traiter des questions relatives aux fondements et aux applications du droit musulman, vous serez dans l’avenir, à Dieu ne plaise, nuisibles pour l’islam et la société musulmane.


Vous pourriez, que Dieu nous en préserve, être cause du dévoiement et de l’égarement des gens. Si du fait de vos actes, de votre comportement et de votre conduite indignes une personne est égarée et se détourne de l’islam, vous aurez commis le pire péché mortel et votre repentir pourra difficilement être agréé, tandis que si une personne se trouvait guidée, cela vaudrait mieux [pour vous], dit un hadith, que « tout ce qui se trouve sous le soleil » [3].
 


Votre responsabilité est très lourde. Vos obligations sont autres que celles du commun des gens. Bien des choses qui sont permises au commun des gens ne le sont pas pour vous et peuvent même vous être illicites. Les gens s’attendent à ce que vous ne fassiez pas certaines choses permises, sans parler d’actes vils et illicites qui, s’il vous arrivait d’en commettre, Dieu nous en préserve, inspirerait aux gens du mépris pour l’islam et le clergé.

 

Tout le problème est là : si les gens vous voient faire un acte contraire à ce que l’on attend de vous, ils s’écarteront de la religion ; ils se détourneront du clergé et non pas d’un individu. Si seulement ils se détournaient et avaient du mépris d’un seul individu, mais non : s’ils constatent de la part d’un clerc un acte indigne et contraire à la probité, ils ne se disent pas que, tout comme il se trouve parmi les commerçants des individus malhonnêtes et dévoyés et que l’on trouve parmi les fonctionnaires des personnes corrompues et malfaisantes, il peut aussi se trouver parmi les clercs une ou plusieurs personnes indignes et dévoyées.

 

Ainsi, lorsque un épicier fait quelque chose de mal, on dit que tel épicier est malhonnête ; si un herboriste commet un méfait, on dit que tel herboriste est malfaisant ; mais si un clerc fait quelque chose d’inconvenant, on ne dit pas que tel clerc est dévoyé, on dit que les clercs sont mauvais.

Les obligations des dépositaires du savoir sont très lourdes. La responsabilité des savants religieux est plus grave que celle des autres gens. Si vous vous en référez aux chapitres concernant les obligations des savants dans les Oùûl al-Kâfî [4] ou les Wasâ’il [5], vous verrez qu’il y est fait état pour les savants de lourds devoirs et de graves responsabilités.

 

Il est dit dans un hadith que lorsqu’il est sur le point de rendre l’âme, le savant n’a plus l’opportunité de se repentir et que son repentir dans cet état n’est pas accepté, car c’est de ceux qui sont ignorants que Dieu accepte jusqu’aux derniers instants le repentir [6]. Dans un autre hadith, il est dit que soixante-dix péchés sont pardonnés à l’ignorant avant qu’un seul le soit au savant[7]. Cela parce que le péché du savant nuit gravement à l’islam et à la société musulmane.

 

Si un homme du commun et ignorant commet une désobéissance, il ne nuit qu’à lui-même et ne cause que son propre malheur, mais si un savant se dévoie et agit mal, il dévoiera tout un monde et fera du tort à l’islam et aux savants de l’islam [8]. S’il est dit dans un hadith que les gens de l’Enfer souffriront de la puanteur du savant qui n’aura pas œuvré conformément à son savoir [9], c’est parce qu’en ce bas monde il y a une grande différence entre le savant et l’ignorant pour ce qui est de l’utilité et de la nuisance qu’ils peuvent avoir pour l’islam et la société musulmane.

 

Si un savant religieux est dévoyé, il se peut qu’il dévoie et infecte toute une communauté, et si un savant est probe et observe l’éthique et la bienséance islamiques, il amendera et guidera la société. Dans certaine province où je me rendais en été, je constatais que les habitants étaient empreints des règles de comportements conformes à la Loi divine. La raison en était qu’il se trouvait parmi eux un savant intègre et vertueux. Si un savant honnête et probe vit dans une société, une ville ou une province, sa simple présence suffit à amender et guider les habitants de ce lieu, même s’il n’use pas de prêches et sermons [10].

 

J’ai moi-même vu des personnes dont la simple présence était une mine de conseils et d’enseignements. Les voir et les regarder suffisait pour qu’on en tire leçon. Aujourd’hui même, à ce que je sache, les quartiers de Téhéran diffèrent les uns des autres : dans un quartier où vit un savant honnête et probe se trouvent des gens intègres et pleins de foi ; dans un autre quartier, où un individu dévoyé et corrompu portant turban est devenu imam de mosquée et s’est fait une clientèle, on constate qu’il a mystifié, pourri et dévoyé tout un groupe.

 

C’est de la puanteur de cette pourriture-là que les gens de l’Enfer souffriront. C’est une purulence que le mauvais savant, le savant sans pratique, le savant dévoyé a causée en ce bas monde et dont la puanteur empoisonne l’odorat des gens de l’Enfer dans l’autre monde, et non pas qu’on lui ajouterait quelque chose dans ce monde-là.

 

Ce qui se produit dans l’autre monde est ce que l’on a préparé en ce monde. On ne nous donnera rien d’autre que nos propres actes. Dès lors qu’un savant est infâme et corrupteur, il putréfie toute une société, seulement sa puanteur n’est pas perçue par les odorats en ce bas monde, mais elle l’est dans l’autre monde. Par contre, un individu commun ne saurait produire une telle corruption et pourriture dans la société musulmane. Jamais un homme du commun n’oserait se dire « imam » ou « mahdi » ou prétendre à la prophétie et à la divinité. C’est le savant pervers qui entraîne le monde dans la perversion : « Si le savant est perverti, le monde le sera aussi. » [11]

 

[De l’importance de s’amender et régénérer]

Les faiseurs de religion qui ont égaré et dévoyé des foules considérables étaient pour la plupart des savants religieux, certains s’étant même imposé des pratiques ascétiques durant leurs études dans les séminaires. Le chef de file de l’une des sectes mensongères avait étudié au sein même de nos séminaires, mais comme ses études n’étaient pas accompagnées d’amendement et de régénérescence de soi, qu’il n’avançait pas dans la voie de Dieu, qu’il n’avait pas extirpé les vices de lui-même, il produisit toute cette ignominie [12].

 

Si l’on n’extirpe pas les abjections de soi-même, on a beau étudier et apprendre, c’est non seulement sans utilité, mais nuisible. Une fois le savoir entré dans ce centre mauvais, il produit de mauvaises branches et cela donne un mauvais arbre. Plus un cœur noir et non amendé emmagasine de concepts, plus il se couvre de voiles. Dans une âme non amendée, le savoir est un voile ténébreux, « le plus grand voile, c’est le savoir ».

 

C’est pourquoi le mal du savant perverti est pour l’islam plus dangereux et plus grand que tous les maux. Le savoir est lumière, mais dans un cœur noir et pervers, il étend l’emprise de l’obscurité et de la noirceur. Un savoir qui rapproche l’être humain de Dieu suscite pour une âme assoiffée de ce monde un éloignement croissant de la cour du Majestueux. Si le but recherché est autre que Dieu, la doctrine de l’unicité divine elle-même fait partie des voiles ténébreux, car elle consiste alors à s’absorber dans ce qui est autre que Dieu.

 

Si quelqu’un connaissait par cœur et récitait le Saint Coran avec ses quatorze variantes de lecture en visant autre que Dieu, il n’y gagnerait que d’être plus voilé et éloigné de la Réalité suprême. Si vous étudiez, si vous vous donnez de la peine, vous pourrez devenir savants, mais il vous faut savoir qu’il y a loin entre être savant et être probe Notre maître, le défunt Cheikh [13], que le Très-Haut soit satisfait de lui, disait : « On a coutume de dire être clerc est facile, être homme est difficile, mais c’est faux ; il faut dire être clerc est difficile, être homme est impossible »



Acquérir les vertus, les nobles caractères humains et les critères qui font l’humanité fait partie des très grands et difficiles devoirs qui reposent sur vos épaules. N’allez pas vous imaginer qu’étant actuellement occupés à étudier les sciences religieuses et apprendre le droit musulman, qui est la plus noble de ces sciences, vous êtes dorénavant tranquilles et vous êtes acquittés de vos devoirs et obligations.

 

Si l’intention n’est pas pure et pour se rapprocher [de Dieu], ces savoirs n’ont aucune utilité. Si, à Dieu ne plaise, vos études ne sont pas pour Dieu, mais que vous vous y êtes engagés pour les passions de vos âmes, en vue d’obtenir un poste et une situation, d’avoir un titre ou de devenir une personnalité, vous n’aurez acquis qu’un fardeau lourd de conséquences fâcheuses. Si elles sont en vue d’autre que Dieu, ces expressions techniques ne sont qu’un fardeau lourd de conséquences fâcheuses. Si elles ne sont pas accompagnées de probité et de vertu, plus il y aura de ces expressions techniques, plus ce sera au détriment de la société musulmane en ce monde et dans l’autre.

 

Le fait de connaître ces expressions techniques est à lui seul inefficient. Si elle ne va pas de pair avec la pureté de l’âme, la doctrine de l’unicité divine elle-même aura des conséquences fâcheuses. Combien furent de savants théologiens et dévoyèrent des groupes entiers. Combien possédaient mieux que vous les mêmes connaissances que vous et pourtant, du fait qu’ils étaient dévoyés et ne s’étaient pas amendés, dès qu’ils prirent place dans la société, ils égarèrent et dévoyèrent bien des gens. En l’absence de vertu et de probité, plus l’esprit emmagasine de ces arides expressions techniques, plus l’orgueil et la vanité s’emparent de l’âme. Or, un sinistre savant gonflé de vanité ne saurait ni s’amender ni amender la société et il ne pourra causer que du tort à l’islam et aux musulmans.

 

Après des années d’études des sciences religieuses, de dépense des allocations provenant des impôts prescrits par l’islam, de jouissance des rémunérations et gratifications liées aux activités islamiques, il devient un obstacle au progrès de l’islam et des musulmans et il égare et dévoie les populations. Le résultat de ces études et d’avoir été au séminaire est qu’il ne permet pas que l’islam soit connu, que la réalité du Coran soit présentée au monde, et sa présence peut même devenir un empêchement à ce que la société connaisse l’islam et le clergé.



Je ne vous dis pas de ne pas étudier ni apprendre. Vous devez avoir conscience que si vous voulez être un élément utile et influent pour l’islam et la société, guidant les gens et les rapprochant de l’islam, défendant les fondements de l’islam, il vous faut être rompus au droit musulman et en être des experts avisés. Si, à Dieu ne plaise, vous n’étudiez pas, il vous est illicite de rester dans les séminaires et vous ne pouvez pas bénéficier des rémunérations attribuées par l’islam aux étudiants en sciences islamiques. Bien sûr qu’il faut apprendre, seulement, tout comme vous faites des efforts dans les disciplines du droit musulman et de ses fondements, faites en également dans la voie de votre amendement. Chaque fois que vous faites un pas pour acquérir le savoir, faites en aussi un pour réprimer les passions de l’âme, renforcer les facultés spirituelles et acquérir les nobles caractères, les qualités morales et la vertu.



En réalité, l’acquisition de ces connaissances est le préliminaire à l’amendement de l’âme et à l’acquisition des vertus, des bons comportements et des connaissances spirituelles. Ne restez donc pas jusqu’à la fin de votre vie dans le préliminaire en délaissant l’aboutissement. Vous étudiez ces sciences en vue d’un but sublime et saint, qui est la connaissance de Dieu et l’amendement de l’âme, et il vous faut vous employer à obtenir le fruit et résultat de votre travail, vous appliquer à atteindre l’objectif premier et essentiel.
 


Lorsque vous entrez au séminaire, il vous faut avant tout vous attacher à vous améliorer, et aussi longtemps que vous serez au séminaire, en même temps que vous étudiez, il vous faut amender votre âme, afin que, lorsque vous quitterez le séminaire et que vous serez chargés de guider la population d’une ville ou d’un quartier, les gens tireront profit et leçon de vos actes, de votre comportement et de vos vertus morales, et ils s’amélioreront. Tâchez de vous améliorer, de vous amender avant d’entrer dans la société. Si vous ne vous occupez pas de vous amender et améliorer maintenant que vous êtes disponibles, vous ne pourrez certes pas le faire lorsque la société vous sollicitera.
 


Il y a bien des choses qui ôtent à l’homme ses moyens et l’empêchent de s’amender et d’étudier. L’une d’elle, pour certains, est cette barbe et ce turban. Lorsque le turban s’étoffe quelque peu et que la barbe s’allonge, si la personne ne s’est pas déjà amendée, elle ne pourra plus étudier et restera bloquée. Il lui sera très difficile de rabrouer son âme passionnelle et d’aller s’asseoir aux pieds d’un maître. Le Cheikh Tûsî [14], Dieu ait son âme, suivait des cours à l’âge de cinquante-deux ans, alors qu’entre vingt et trente ans il avait déjà écrit certains de ses livres. C’est dans ces âges-là, semble-t-il, qu’il rédigea le Tahdhîb[15], et à cinquante-deux ans il assistait aux cours du sayyed al-Mortadâ [16], Dieu ait son âme, alors qu’il avait atteint un tel rang.

 

A Dieu ne plaise que la barbe de quelqu’un blanchisse quelque peu et que son turban s’étoffe avant qu’il n’ait acquis les vertus et renforcé ses facultés spirituelles, en sorte qu’il se verrait privé de profits scientifiques et moraux et de toutes bénédictions. Mettez-vous à l’ouvrage avant que votre barbe ne blanchisse. Tant que les gens n’ont pas les yeux tournés vers vous, occupez-vous de votre propre état. Dieu ne fasse qu’avant qu’il ne se soit lui-même formé, la société se tourne vers un homme et qu’il devienne pour les gens une personnalité et gagne de l’influence sur eux, car il perdrait toute mesure, il enflerait d’orgueil. Formez-vous et améliorez-vous avant que les rênes de vos affaires ne vous soient arrachés des mains.

 

Parez-vous de vertus, éloignez de vous les vices et ayez dans l’étude une intention pure afin qu’elle vous rapproche de Dieu. Si les actions ne sont pas animées d’une intention pure, elles éloignent l’homme de la cour du Seigneur. Pourvu qu’après soixante-dix ans, lorsqu’on ouvrira le registre de vos œuvres, il n’apparaisse pas, Dieu vous en préserve, que vous vous êtes éloigné de Dieu pendant soixante-dix ans. Vous avez entendu l’histoire de cette pierre qui tomba dans l’Enfer et dont, après soixante-dix ans, le bruit qu’elle fit en en touchant le fond se fit entendre. Selon ce qui est rapporté, le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, expliqua qu’un vieillard de soixante-dix ans était mort qui, durant ces soixante-dix années, n’avait fait qu’avancer vers l’Enfer [17].

 

Prenez-garde que l’Enfer ne soit pas l’acquis de quelque cinquante années laborieusement passées dans les séminaires. Pensez-y et faites-vous un programme d’éducation et de régénération de vos âmes et d’amélioration de vos caractères. Désignez-vous un maître d’éthique. Organisez des séances d’exhortation et de prédication, de leçons et de conseils spirituels. On ne peut s’amender de manière autodidacte. Si les séminaires restent ainsi vides de directeurs de conscience et de séances de conseils spirituels, elles seront condamnées à disparaître.

 

Comment se fait-il que les disciplines juridiques des fondements et applications du droit musulman nécessitent maîtres et études, que tout art ou science en ce monde exigent un maître et professeur, que personne ne devient de manière autodidacte spécialiste en quelque branche que ce soit, ni docteur de la Loi, ni savant religieux, mais que les disciplines morales et spirituelles, qui sont le but de la mission des Prophètes et sont des connaissances des plus fines et subtiles, n’auraient nul besoin d’être enseignées ni apprises et s’acquerraient de manière autodidacte et sans professeur ? J’ai à maintes reprises entendu dire qu’un vénérable sayyed fut dans les disciplines éthiques et spirituelles le maître du Cheikh Anùârî, qui était lui-même le maître du sayyed dans les disciplines juridiques des fondements et applications du droit musulman [18].



Les Prophètes de Dieu ont été suscités pour former des hommes, pour faire des êtres humains, pour éloigner l’humanité des laideurs, vilénies, perversités et vices et lui faire connaître les vertus et les bons comportements : « J’ai été suscité pour parachever les vertus » [19]

 

Une connaissance à laquelle Dieu le Très-Haut attache tant d’importance qu’Il en a suscité les Prophètes n’est aujourd’hui pas dispensée dans les séminaires et nul ne lui accorde l’attention qu’elle mérite. Et par suite de la carence des séminaires en disciplines morales et spirituelles, on en est arrivé au point que les questions matérielles et mondaines se sont fait jour au sein du clergé et en ont éloigné beaucoup de la spiritualité et de la cléricature au point qu’il ne savent absolument pas ce que spiritualité veut dire, ce qu’est le devoir d’un clerc et ce qu’il devrait avoir comme programme.

 

Certains s’occupent seulement d’apprendre quelques termes, puis de regagner leur quartier ou de partir ailleurs, de se faire une situation et de se frotter aux uns et aux autres, comme celui-ci qui disait : « Attends que j’apprenne le SharH al-Lom‘a [20] et je saurais quoi faire du maire. »

 

Gardez-vous d’avoir au départ pour but et objectif de vos études d’occuper tel poste et obtenir tel rang et de vouloir devenir le chef de telle ville ou le maître de tel village. Il se peut que vous parveniez à réaliser ces désirs passionnels et ambitions sataniques, mais vous n’y aurez gagné, pour vous et pour la société musulmane, que dommages et malheurs. Mo‘âwiya [21] fut lui-même chef pendant longtemps, mais il n’en tira pour tout fruit et profit qu’exécration, malédiction et châtiment posthume.
 


Vous devez vous amender afin que, lorsque vous deviendrez le leader d’une société ou d’un groupe, vous puissiez aussi les amender eux et agir pour former et améliorer la société. Que votre but soit de servir l’islam et les musulmans. Si vous œuvrez pour Dieu, le Très-Haut est Celui qui retourne les cœurs ; Il tournera les cœurs vers vous : « En vérité, ceux qui ont foi et font œuvres de bien, le Tout-Miséricordieux suscitera pour eux de l’affection » (Coran, 19.96).

 

Faites effort dans la voie de Dieu, dévouez-vous, Dieu ne vous laissera pas sans rétribution : si cela n’a pas lieu en ce bas monde, Il vous récompensera dans l’autre. S’Il ne vous donne pas votre rétribution et récompense en ce monde-ci, tant mieux. Ce bas monde n’est rien. Ces agitations et personnages prendront fin d’ici quelques jours, disparaissant aux regards comme un songe, tandis que la rétribution de l’autre monde sera sans limite ni fin.

 

[Avertissement aux séminaires]

Il se pourrait que, par des campagnes d’intoxication et des propagandes pernicieuses, des mains infâmes présentent les programmes d’éducation et d’amélioration morales comme dénués d’importance, fassent passer pour indigne d’un savant religieux le fait de monter en chaire pour prêcher et exhorter, et qu’en traitant de « prêcheurs » les grands savants religieux qui sont en position d’améliorer et réorganiser les séminaires, elles les retiennent d’accomplir cette œuvre.

 

Aujourd’hui, peut-être que dans certains séminaires le fait de monter en chaire et de prêcher est considéré comme une honte. Ils ne se rendent pas compte que le Commandeur des fidèles, que la Paix soit avec lui, était un prêcheur qui, du haut des chaires, conseillait, informait, éveillait et guidait les gens. Et les autres Imams, que la Paix soit avec eux, étaient également tels.
 


Il est possible que des éléments occultes aient inoculé ces idées pernicieuses afin que les disciplines éthiques et spirituelles désertent les séminaires et que par suite nos séminaires se pervertissent et périssent ; que factions, égoïsmes, hypocrisies et dissensions se fassent jour, à Dieu ne plaise, au sein des séminaires et que les gens des séminaires, dressés et ligués les uns contre les autres, se désavouent et s’invectivent mutuellement, se discréditant aux yeux de la société musulmane, de sorte que les étrangers et les ennemis de l’islam trouvent moyen de porter la main sur les séminaires et de les démanteler.

 

Les malveillants savent que les séminaires jouissent du soutien des populations et qu’aussi longtemps que les populations seront leur soutien, il ne sera pas possible de les frapper et démanteler.
 


Mais le jour où les gens des séminaires, les étudiants des séminaires, dénués de principes moraux et de comportements islamiques, se dresseront les uns contre les autres, fomenteront discordes et factions, ne seront pas probe et vertueux et feront des choses laides et indignes, la population musulmane méprisera inévitablement les séminaires et le clergé, leur retirera son soutien et son appui, et par suite la voie sera ouverte à l’ennemi pour exercer son influence et sa domination. Si vous voyez des États tenir compte d’un clerc ou d’une autorité religieuse de référence et les craindre, c’est parce qu’il jouit du soutien des populations. En réalité, ce sont les populations qu’ils craignent et ils supputent que, s’ils s’en prennent à un clerc, le bafouent et l’offensent, les populations seront révoltées contre eux et se soulèveront.

 

Mais si les clercs se disputent entre eux, se dénigrent mutuellement et se montrent dépourvus de mœurs et comportements islamiques, ils perdront tout crédit dans la société et le peuple lui-même leur filera des mains [22]. Le peuple attend que vous ayez de la spiritualité et des comportements islamiques ; que vous soyez « le parti de Dieu » ; que vous vous écartiez du clinquant de la vie et de ses faux brillants ; que vous ne refusiez aucune sorte de sacrifice pour promouvoir les idéaux de l’islam et servir la communauté musulmane ; que vous œuvriez dans la voie de Dieu et pour Sa satisfaction, sans faire cas de quiconque hormis le Créateur unique…

 

Mais si, contrairement à leur attente, ils voient qu’au lieu d’être tournée vers l’au-delà, toute votre attention va au monde d’ici-bas ; que, tout comme les autres, c’est en vue d’intérêts mondains et personnels que vous faites effort ; que c’est pour ce bas monde et ses vils profits que vous vous disputez les uns avec les autres ; qu’à Dieu ne plaise vous avez fait de l’islam et du Coran votre jouet et que vous faites commerce de la religion pour arriver à vos ignobles fins et à vos sordides et infâmes desseins mondains, alors [le peuple] se dévoiera et vous méprisera, et vous en serez responsables.

 

Si quelques enturbannés parasitant les séminaires s’attaquent les uns les autres pour des ambitions personnelles et des profits mondains, se lancent injures et anathèmes, provoquent troubles et confusions, se disputent la prise en main d’affaires, font grand bruit et tapage, ils auront trahi l’islam et le Coran, trahi les dépôts de confiance divins. Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, a remis entre nos mains la sainte religion de l’islam à titre de dépôt de confiance. Ce Saint Coran est le grand dépôt de confiance de Dieu. Les savants religieux et les clercs sont les dépositaires de Dieu et ils ont pour devoir de veiller sur ce grand dépôt de confiance sans le trahir. Ces animosités et disputes personnelles et mondaines sont une trahison envers l’islam et envers le noble Prophète de l’islam.
 


Personnellement, je ne vois pas pour quoi sont ces disputes, ces factions et ces ligues ? Si c’est pour ce bas monde, vous n’en possédez rien, et quand bien même vous jouiriez de plaisirs et profits de ce monde qu’il n’y aurait pas lieu de se disputer… A moins que vous ne soyez pas des clercs et que vous n’ayez de la cléricature que le manteau et le turban. Un clerc en rapport avec les réalités transcendantes, un clerc empreint des vivants enseignements et des édifiantes vertus de l’islam, un clerc qui se considère comme disciple et fidèle de ‘Alî fils d’Abû Tâlib, que la Paix soit avec lui, ne saurait accorder la moindre attention aux attraits de ce bas monde, sans même parler de provoquer des disputes pour cela.

 

Vous qui prétendez suivre le Commandeur des fidèles, que la Paix soit avec lui, parcourez au moins un peu la vie de ce grand homme, voyez si vraiment vous le suivez et accompagnez en quoi que ce soit ? Savez-vous quelque-chose du renoncement, de la vertu, de la vie simple et sans fioritures de ce seigneur et le mettez-vous en pratique ? Comprenez-vous quelque-chose des luttes de ce grand homme contre l’oppression, l’injustice et les privilèges de classe ; de la protection et du soutien sans réserve qu’il accordait aux opprimés et victimes d’injustices et des secours qu’il portait aux classes démunies et souffrantes de la société ? Être shiite ne signifierait-il rien de plus que porter l’habit visible de l’islam [23] ? Qu’est-ce qui vous différencie alors des autres musulmans, lorsqu’en ces choses bien des shiites sont plus avancés et plus utiles que vous ? Qu’avez-vous de plus qu’eux ?
 


Ceux qui, aujourd’hui, ont mis une partie du monde à feu et à sang, y perpétrant massacres et carnages, font cela parce qu’ils rivalisent entre eux pour dépouiller les peuples, engloutir leurs richesses et le produit de leur labeur, s’assujettir et séquestrer les pays faibles et sous-développés.

 

Pour ce faire, au nom de la liberté, de l’essor et de la prospérité, de la défense de l’indépendance et de l’intégrité des territoires, et autres slogans fallacieux, ils attisent chaque jour dans un coin du monde le feu de la guerre et larguent des millions de tonnes de bombes incendiaires sur des populations sans défense.

 

Dans la logique des gens de ce monde, avec ces esprits encrassés, ce conflit semble à propos et justifié, mais votre dispute à vous n’a pas lieu d’être même dans leur logique à eux. Si on leur demande pourquoi ils sont en conflit, ils répondront qu’ils veulent s’emparer de tel pays, que les richesses et profits de tel pays doivent être leurs, mais si l’on vous demande à vous pourquoi vous vous disputez, pour quoi vous êtes en conflit, que répondrez-vous ?

 

Quel profit avez-vous de ce bas monde pour que vous vous le disputiez ? Votre revenu mensuel, que messieurs [les autorités religieuses] vous versent sous le nom de « mensualité », est inférieur à l’argent d’un mois de cigarettes des autres. J’ai lu dans un journal ou une revue, je ne me souviens plus exactement, que le budget que le Vatican envoie pour un prêtre à Washington est énorme. J’ai fait le calcul et j’ai vu que c’était plus que le budget de tous les séminaires shiites. Avec cette vie et cette situation qui sont les vôtres, se justifie-t-il que vous vous disputiez, vous divisiez et vous liguiez les uns contre les autres ?

 

La racine de toutes les disputes qui n’ont pas un but notable et saint n’est autre que l’amour de ce bas monde. S’il y a aussi de telles disputes entre vous, c’est parce que vous n’avez pas extirpé de votre cœur l’amour de ce bas monde. Comme les profits de ce bas monde sont limités, chacun entre en concurrence avec autrui pour les obtenir. Vous désirez tel poste, un autre le veut aussi, inévitablement cela entraîne jalousie et conflit.

 

Mais les hommes de Dieu qui ont extirpé de leur cœur l’amour de ce bas monde n’ont d’autre but que Dieu. N’étant jamais en conflit, ils ne provoquent pas de tels maux et fléaux. Si tous les Prophètes de Dieu étaient aujourd’hui rassemblés en une ville, ils n’auront jamais entre eux la moindre division ni dispute, car leur but et objectif est unique : leurs cœurs sont tous tournés vers la Réalité suprême et vide d’amour pour ce bas monde.



Si vos faits et gestes et la manière dont vous vivez et vous comportez sont tels qu’on le voit actuellement, craignez de quitter ce bas monde en n’étant pas, Dieu nous en préserve, des fidèles de ‘Alî fils d’Abû Tâlib. Craignez de ne pas avoir la grâce de vous repentir et de vous retrouver privés de l’intercession de ce seigneur. Songez à faire quelque chose avant d’en perdre l’occasion. Mettez fin à ces vulgaires et honteuses disputes.

 

Ces factions et divisions sont une bêtise. Seriez-vous donc adeptes de deux religions ? Votre école serait-elle divisée en sectes ? Pourquoi ne vous rendez-vous pas compte ? Pourquoi ne faites-vous pas preuve entre vous de bonne entente, de bonne foi et de fraternité ? Pourquoi donc ?
 


Ces disputes sont dangereuses. Des perversions irréparables en résultent. Elles ruinent les séminaires. Elles vous compromettent et discréditent dans la société. Ces luttes de factions ne tourneront pas à vos seuls dépens et n’entraîneront pas que votre honte à vous, mais tourneront au détriment de l’honneur et de la dignité de toute une société, de toute une population, et aux dépens de l’islam.

 

Si des perversions résultent de vos disputes, elles seront un péché impardonnable et plus grave aux yeux de Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, que bien des désobéissances, parce qu’en pervertissant la société, elles préparent la voie à l’influence et à la domination des ennemis. Il se peut que pour détruire les séminaires des mains occultes fomentent l’hypocrisie et la discorde, sèment par divers moyens des germes d’hypocrisie et de dissension, puis, ayant intoxiqué les esprits et brouillé les idées, fabriquent des « devoirs religieux » grâce auxquels ils installent le scandale dans les séminaires pour qu’ainsi les personnes qui sont utiles pour l’avenir de l’islam déchoient et ne puissent désormais servir l’islam et la société musulmane.

 

Ne vous bercez pas vous-mêmes d’illusions telles que « mon devoir religieux l’exige », « mon obligation religieuse est telle ou telle »… Des fois, Satan définit pour l’homme des devoirs et obligations ; d’autres fois, les passions et désirs de l’âme poussent l’homme à faire des choses sous le nom de devoirs religieux. Ce n’est pas devoir religieux que d’outrager un musulman, de médire d’un frère en religion, c’est amour de ce bas monde et amour de soi ; ce sont les inspirations sataniques qui poussent l’homme à une telle calamité. Cette querelle est la querelle des gens du Feu [de l’Enfer] : « En vérité, c’est bien là une réalité : la querelle des gens du Feu » (Coran, 38.64).

 

En Enfer règnent la dispute et la querelle ; les habitants de l’Enfer se disputent et se querellent ; ils se battent entre eux. Si vous vous disputez pour ce bas monde, sachez que vous vous préparez pour vous-mêmes l’Enfer et que vous y allez tout droit. Les choses de l’au-delà ne donnent pas lieu à dispute. Les habitants de l’au-delà vivent en paix et dans la bonne entente. Leurs cœurs sont pleins d’amour pour Dieu et pour les serviteurs de Dieu. L’amour pour Dieu suscite l’amour pour ceux qui ont foi en Dieu. L’amour pour les serviteurs de Dieu n’est autre que le reflet de l’amour pour Dieu, le rayonnement de l’amour pour Dieu.

 

N’allumez pas le Feu de vos propres mains, n’embrasez pas le feu de l’Enfer. L’Enfer est enflammé par les faits et gestes hideux de l’homme. Ce sont les actes de l’homme rebelle qui embrasent le Feu. [L’un des Imams] a dit : « Nous sommes passés et il était éteint » [24]

 

Si l’homme n’embrase pas le Feu par ses faits et gestes, l’Enfer reste éteint. C’est la réalité intérieure de ce monde matériel qui est l’Enfer : aller vers le monde matériel, c’est aller vers l’Enfer. Lorsque l’homme quitte ce monde pour l’autre et que les voiles [qui l’empêchent de voir la réalité des choses] disparaissent, il comprend que « cela de par ce que vos mains ont préparé » (Coran, 3.182) et « ils trouveront ce qu’ils ont fait présent » (Coran, 18.49).

 

Tous les actes que l’homme fait en ce bas monde, il les verra dans l’autre monde. Ils prendront corps devant lui : « Quiconque aura fait le poids d’une poussière de bien le verra et quiconque aura fait le poids d’une poussière de mal le verra » (Coran, 99.7-8).

 

Tous les fait et gestes et les dires de l’homme se reflètent dans l’autre monde. C’est comme si on faisait un film de notre vie et qu’on le montrera dans l’autre monde : il n’y aura pas moyen de nier. Tous nos actes et mouvements nous seront montrés, sans compter que nos membres en témoigneront : « Ils dirent : Dieu nous a fait parler, Lui qui fait parler toute chose. » (Coran, 41.21).

 

Face à Dieu qui aura rendu toute chose parlante et loquace, vous ne pourrez nier ni cacher vos actes hideux. Pensez-y quelque peu. Soyez prévoyants. Pesez les conséquences des choses. Songez aux périlleuses étapes qui vous attendent ; n’oubliez pas l’oppression du tombeau, le monde d’outre-tombe et les difficultés et rudes épreuves qui y font suite. Croyez à tout le moins à l’Enfer. Si un homme croit réellement à ces étapes périlleuses, il change sa manière de vivre. Si vous aviez foi en ces choses avec certitude, vous ne vivriez pas de manière si libérée et relâchée. Vous préserveriez votre plume, votre langue et vos membres et vous efforceriez de vous amender et améliorer.

 

[Les grâces divines]

Comme Dieu le Très-Haut, béni soit-Il, avait de la bienveillance pour Ses serviteurs, Il leur a fait don de l’intelligence, Il leur a octroyé la grâce de pouvoir s’amender et régénérer et Il a suscité Ses Prophètes et Proches-Amis pour qu’ils soient guidés, s’améliorent et n’aient pas à subir le douloureux tourment de l’Enfer. Et si toutes ces préventions n’ont pas suffi pour que l’homme s’éveille et s’amende, Dieu miséricordieux l’éveille par d’autres voies. Il éveille leur attention par toutes sortes de difficultés, des épreuves, la pauvreté, la maladie…

 

Comme un médecin émérite, un infirmier adroit et miséricordieux, Il s’emploie à guérir cet homme malade de ses graves maux spirituels. Si le serviteur est en grâce auprès de Dieu, ces épreuves le touchent pour que par contrecoup il se tourne vers Dieu et s’amende. Telle est la voie, et il n’en est point d’autre, mais pour en récolter le fruit, l’homme doit par lui-même avancer sur cette voie. Si cette voie n’a pas produit ses fruits et que l’homme égaré n’a pas été guéri et n’a pas mérité les bienfaits paradisiaques, Dieu lui fera subir des oppressions au moment d’agoniser et de rendre l’âme dans l’espoir qu’il revienne et prenne conscience. Si cela s’avère encore infructueux, Il lui fera subir oppressions et tourments dans la tombe, le monde intermédiaire et les étapes périlleuses qui y font suite, afin qu’il soit lavé et purifié et n’aille pas en Enfer.

 

Ce sont là des grâces de la part de la Réalité suprême pour éviter que l’homme soit voué à l’Enfer. Si, malgré toutes ces réelles grâces et attentions du Créateur suprême, il n’est pas guéri, que se passera-t-il ? Inévitablement viendra le tour de l’ultime remède, qui est la cautérisation. Combien il arrive que l’homme ne s’amende et améliore pas, que ces remèdes restent sans effet et qu’il soit besoin que Dieu, le Magnanime et Miséricordieux, amende Son serviteur par le Feu, tout comme l’or doit être épuré par le feu.
 


A propos du noble verset « ils y resteront des éons » (Coran, 78.23), il est rapporté dans un hadith que ces éons concernent ceux qui ont suivi la guidance et dont la foi est restée pour l’essentiel intacte [25].

 

Cela vaut pour vous et moi, pour autant que nous soyons gens de foi. Et chaque éon dure Dieu sait combien de milliers d’années. Dieu nous garde d’en arriver à un stade où ces remèdes deviendraient inutiles et inefficaces et qu’il faudrait en passer par l’ultime remède pour mériter de goûter au Délice éternel ; que l’on devrait, à Dieu ne plaise, aller quelque temps en Enfer et y brûler dans le feu pour être purifiés des vices moraux, des souillures spirituelles et des ignobles attributs sataniques et mériter de jouir des « Paradis sous lesquels coulent les ruisseaux » (Coran, 2.25 ..).

 

D’autant que cela concerne ceux des serviteurs dont les péchés et désobéissances n’auront pas été d’ampleur à les priver radicalement de la miséricorde et de la grâce de la Réalité suprême et qui seront encore foncièrement dignes d’entrer au Paradis. Dieu ne fasse pas que, par suite du grand nombre de nos désobéissances, l’on se voie rejeté et repoussé de la cour du Créateur suprême et privé de la miséricorde divine, de sorte qu’il n’y aura pas d’autre issue que rester à jamais dans le feu de l’Enfer.

 

Craignez d’être privés, à Dieu ne plaise, de la miséricorde et de la grâce divines et d’être l’objet de Sa colère, de Son courroux et de Son tourment. A Dieu ne plaise que vos actes, vos faits et dires, soient tels qu’Il vous retire Ses grâces et que vous n’ayez d’autre issue que rester à jamais dans le Feu. Vous ne pouvez actuellement pas garder une seule minute une pierre chaude dans votre main, alors gardez-vous du feu de l’Enfer. Jetez ces feux hors des séminaires et du milieu clérical. Éloignez de vos cœurs ces discordes, ces hypocrisies.

 

Ayez un beau comportement et soyez en bons termes avec les créatures de Dieu. Considérez-les d’un œil affectueux et bienveillant. Certes, en raison de sa désobéissance et de sa rébellion, ne soyez pas en bons termes avec le pécheur ; mettez-le face à son acte indigne et laid et défendez-le-lui, mais gardez-vous de semer le trouble et l’agitation. Faites du bien aux bons et honnêtes serviteurs de Dieu. Respectez ceux qui sont savants en vertu de leur savoir, ceux qui sont dans la bonne voie en vertu de leurs bonnes actions et ceux qui sont ignorants et incultes pour la raison qu’ils sont des serviteurs de Dieu.

 

Ayez un bon comportement. Soyez miséricordieux. Faites preuve de sincérité et de fraternité. Amendez-vous. Vous voulez amender et guider la société : quelqu’un qui n’a pas su s’améliorer et se diriger, comment voudrait-il et pourrait-il guider et diriger autrui ? Il ne reste à présent que quelques jours du mois de sha‘bân : tâchez de réussir, pendant ces quelques jours, à vous repentir et à réformer votre âme, et abordez le mois béni de Ramadân avec une âme saine.


*source: Fondation pour l’Édition et la Publication des Œuvres de l’Imam Khomeiny


[3]. Le Commandeur des fidèles [‘Alî fils d’Abou Tâlib], que la Paix soit avec lui, a dit : « Lorsque le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, m’envoya au Yémen, il me dit : O ‘Alî, ne combat personne avant de l’avoir invité à [se soumettre à Dieu en embrassant]l’islam. J’en jure par Dieu, que Dieu guide un homme par ton intermédiaire vaut mieux pour toi que tout ce qui se trouve sous le soleil et il te devra hommage. » (al-Forû‘ min al-Kâfî, v.5 p.36, K. al-djihâd, bâb ad-do‘â’ ilâ l-islâm qabla l-qitâl, had.2)
 
[4]. Al-Osûl min al-Kâfî, K. fadli l-‘ilm, abwâb ùifati l-‘olamâ’, badhli l-‘ilm, an-nahyi ‘ani l-qawl bi-ghayri ‘ilm, isti‘mâli l-‘ilm, al-mosta’kil bi-‘ilmih wa l-mobâhî bih, lozûmi l-Hoddja ‘alâ l-‘âlim et bâb an-nawâdir.
 
[5]. Wasâ’il ash-shî‘a, v.18 p.17-19, 98-129, K. al-qadâ’, abwâb ùifâti l-qâdî, bâb 4, 11 et 12.
 
[6]. Djamîl b. Dorrâdj a dit : « J’ai entendu [l’Imâm] Abû ‘Abd Allâh [aù-dqdqdqdqdqqqqq>ûl mina l-Kâfî, v.1 p.59, K. fadli l-‘ilm, bâb lozûmi l-Hoddja ‘alâ l-‘âlim…, had. 3).
 
[7]. D’après £afù b. Qiyâs, [l’Imâm] Abû ‘Abd Allâh [aù-dqqqqq>£afù, soixante dix péchés sont pardonnés à l’ignorant avant qu’un seul le soit au savant. » (al-Osûl mina l-Kâfî, v.1 p.59, K. fadli l-‘ilm, bâb lozûmi l-Hoddja ‘alâ l-‘âlim…, had. 1).
 
[8]. Le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, a dit : « Deux catégories de ma communauté sont telles que si elles sont intègres, ma communauté sera intègre, et si elles sont corrompues, ma communauté sera corrompue. » On lui demanda : « Quelles sont-elles ? » et il répondit : « Les savants et les dirigeants. » (al-Khiùâl, bâb al-ithnayn, p.37 ; ToHaf al-‘oqûl, p.50).
 
[9]. Solaym b. Qays al-Hilâlî a dit : « J’ai entendu le Commandeur des fidèles [l’Imâm ‘Alî fils d’Abou Tâlib], que la Paix soit avec lui, rapporter que le Messager de Dieu, [Dieu le bénisse lui et les siens], lui avait dit : Les savants sont de deux sortes : il y a le savant qui met en œuvre ce qu’il sait, et celui-ci est sauvé, et le savant qui délaisse ce qu’il sait, et celui-là est perdu ; en vérité, les gens de l’Enfer souffriront de la puanteur du savant qui aura délaissé son savoir. » (al-Osûl mina l-Kâfî, v.1 p.55, K. fadli l-‘ilm, bâb isti‘mâli l-‘ilm, had. 1).
 
[10]. L’Imam dqqq>, que la Paix soit avec lui, a dit : « Invitez les gens au bien autrement que par des discours : qu’ils voient en vous zèle, sincérité et probité. » (al-Osûl mina l-Kâfî, v.3 p.164, K. al-îmân wa l-kofr, bâb aù-ùidq wa adâ’i l-amâna, had. 10).
 
[11]. Ghirar al-Hikam, v.7 p.269.
 
[12]. L’Imam Khomeiny fait probablement allusion ici au fondateur du Bâbisme, qui donna par la suite naissance au Bahaïsme, répandu aujourd’hui dans de nombreux pays du monde. [N.d.T.]
 
[13]. Il s’agit de l’Ayatollah ‘Abd al-Karîm £â’irî Yazdî (1276-1355 H. / 1860-1936 ap. J.C.), qui fut un des grands juristes et une des références shiites au 14e siècle de l’hégire. Il avait étudié à Nadjaf et à Samarrâ’ auprès de maîtres tels que Mîrzâ Shîrâzî le grand, Mîrzâ MoHammad Taqî Shîrâzî, Âkhond-e Khorâsânî, Sayyed Kâvem Yazdî et Sayyed MoHammad Eùfahânî Feshârakî. En 1340 H. / 1922 ap. J.C., sur la demande pressante des savants de Qom, il vint s’installer dans cette ville dont il réorganisa le séminaire. Parmi ses œuvres, on peut citer Dorar al-fawâ’id sur les fondements du droit musulman, aù-dqqqqq>, an-NikâH, ar-Ridâ‘ et al-Mawârîth sur les applications du droit musulman.
 
[14].
Abû Dja‘far MoHammad b. £asan ax-Tûsî (385-460 H. / 995-1068 ap. J.C.), surnommé Cheikh ax-Xâ’ifa (« maître de l’École », c’est-à-dire du shiisme duodécimain), est un des chefs de file des savants imamites. Il était le premier juriste et théologien de son temps tout en excellant également dans les lettres, la critique des rapporteurs de hadiths, le commentaire coranique et la science du hadith. Ses maîtres furent le Cheikh Mofîd, le sayyed al-Mortadâ, Ibn Ghadâ’irî et Ibn ‘Abdûn. Il est l’auteur de deux des quatre livres fondamentaux de hadiths shiites, al-Istibùâr et at-Tahdhîb. C’est lui qui fit de Nadjaf (en Irak) le principal centre religieux shiite.
 
[15]. Le Cheikh Tûsî a commencé ce livre, qui est un commentaire du Moqni‘a du Cheikh Mofîd, du vivant même de ce maître, lequel est mort en 413 H. / 1022 ap. J.C. Le Cheikh Tûsî avait alors moins de vingt-huit ans. (Voir l’introduction à son commentaire coranique, at-Tibyân, par Aghâ Bozorg Tehrânî).
 
[16]. ‘Alî b. £osayn b. Mûsâ, connu sous les surnoms de sayyed al-Mortadâ et ‘Alam al-Hodâ (355-436 H. / 966-1045 ap. J.C.) fut un des grands savants de l’islam et du shiisme. De nombreuses personnalités éminentes du shiisme duodécimain, dont le Cheikh Tûsî, ont suivi ses enseignements. Parmi ses œuvres, on peut citer al-Amâlî, adh-Dharî‘a ilâ oùûli sh-sharî‘a, an-Nâùiriyât, al-Intiùâr et ash-Shâfî.
 
[17]. Voir Fayµ Kâshânî, al-Kalimâto l-maknûna, p.123.
 
[18]. Sayyed ‘Alî b. Sayyed MoHammad (mort en 1283 H. / 1866 ap. J.C.) était un des éminents ascètes et gnostiques de son temps. Il exerça longtemps les fonctions de juge et de mufti dans la ville de Shûshtar, puis il émigra à Nadjaf où il suivit les cours de droit musulman du Cheikh Anùârî, tandis que ce dernier suivait les cours d’éthique du sayyed. Il fut désigné par le Cheikh Anùârî pour lui succéder et il occupa sa chaire après son décès. Sayyed ‘Alî fut le maître et l’éducateur de Âkhond Mollâ £osayn Qolî Hamadânî, qui forma lui-même de nombreux disciples éminents parmi lesquels on peut citer Mîrzâ Djawâd Malakî Tabrîzî, Sayyed AHmad Karbalâ’î, Cheikh MoHammad Bahârî, Sayyed ‘Alî Qâdî Tabrîzî, qui fut lui-même le maître de ‘Allâmah Xabâxabâ’î.
 
[19]. Voir Madjma‘ al-bayân, en commentaire du verset 4 de la sourate 68 (dite al-qalam).
 
[20]. Le SharH al-Lom‘a, de Zayn ad-dîn al-‘Âmilî, surnommé « le second martyr » (ash-shahîdo th-thânî, m. 966/1559), est un commentaire de al-Lom‘ato d-dimashqiyya, de MoHammad b. Makkî al-‘Âmilî, surnommé « le premier martyr » (ash-shahîdo l-awwal, m. 786/1384). C’est l’un des principaux traités de fiqh étudiés dans les Hawza-s. [N.d.T.]
 
[21]. Mo‘awiya fils d’Abû Sofyân usurpa le Califat après avoir combattu le Calife légitime de son temps, ‘Alî fils d’Abû Tâlib. En contradiction avec les principes antidynastiques de l’islam, il intronisa son fils avant de mourir et fut ainsi à l’origine de la première dynastie « musulmane », celle des Omeyyades. [N.d.T.]
 
[22]. Le Commandeur des fidèles, l’Imam ‘Alî fils d’Abû Tâlib, a dit : « Si les dépositaires du savoir l’assument comme il se doit, ils seront aimés de Dieu, de Ses anges et de celles de Ses créatures qui Lui sont obéissantes ; mais s’ils l’assument en vue de ce bas monde, ils seront détestés de Dieu et méprisés des gens. » (XoHaf al-‘oqûl, p.201, bâb kalimât Amîri l-mo’minîn).
 
[23]. Voir BiHâr al-anwâr, v.65 p.83-95, 149-196, K. al-îmâni wa l-kofr, bâb anna sh-shî‘a ahlo dîni Llâh… et bâb ùifâti sh-shî‘a wa aùnâfihim ; SharH tchahl Hadîth de l’Imam Khomeyni, had. 29.
 
[24]. Allusion à un hadith : « C’est pourquoi, lorsqu’on interrogea l’un de nos Imams sur l’universalité du verset cité [à savoir : « Nul d’entre vous qui n’y pénétrera ; c’est un décret inéluctable pour ton Seigneur » (Coran, 19.71)]. Il répondit : Nous sommes passés et il était éteint. » (‘Ilm al-yaqîn, v.2 p.917).
 
[25]. Al-‘Ayyâshî rapporte selon une chaîne de transmission remontant à £omrân que ce dernier interrogea [le cinquième Imam] Abû Dja‘far [MoHammad al-Bâqir] sur le verset « ils y resteront des éons » et qu’il répondit : « Cela concerne ceux qui sortiront du Feu. » (Madjma‘ al-bayân, v.10 p.424, en commentaire du verset 78.23).

2817 Vues | 12-11-2013 | 10:03

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